LES KAREZ DU TURFAN

LES KAREZ DU TURFAN

Un reportage de Régis MICHEL et Frédéric TONOLLI (Faut Pas Rêver - 2003) Situé au nord de la province du Xinjiang, le massif du Tien Shan culmine à plus de 7000 mètres. Au pied des montagnes commence le Taklamakan, deuxième plus grand désert du monde. Ces terres sont les plus arides et les plus chaudes de toute la Chine. Des taches vertes colorent pourtant l'horizon. Une trentaine d'oasis s'étalent dans le "bassin de Turfan". On y produit du raisin, des dizaines de milliers de tonnes de raisin, le meilleur de toute la Chine. Pendu en grappes dans d'immenses séchoirs balayés par les vents, il sèchent en quelques jours à la fin du mois d'août.  Le raisin sec de Turfan est prisé dans tout le pays et même à l'étranger. La région est d'ailleurs la plus grande zone de production de raisin sec au monde ! Pourtant, il n'y pleut jamais et aucune rivière ne la traverse. Dans chaque oasis, en fait, de l'eau surgit de terre et permet d'arroser  les pieds de vigne.  Mystère de la nature ? Non, prouesse formidable des hommes ! Ces derniers ont creusé d'immenses galeries souterraines qui amènent jusqu'ici l'eau venue des montagnes. Au total plus de 5000 km de karez alimentent les oasis de Turfan. Nul ne sait quand a été réalisé ce chef-d'oeuvre. Nul ne sait quel peuple génial en est l'auteur. Parthes, perses ou chinois il y a 500 ans, 1000 ou 2000 ans... Tout au long de l'hiver les hommes veillent sur le karez qui alimente leur village. Si l'eau vient à manquer, il faut descendre pour inspecter l'acqueduc. Deux hommes descendent alors dans des trous creusés en pleine terre et postés tous les 10 mètres tout au long du karez. Par 20, 30 ou 60 mètres de fond, il faut déblayer ou étayer la conduite. De ce long et patient travail dépend le niveau de l'eau dans les vignes, la récolte de l'été et l'avenir des hommes.