00:06 Vorspiel und Spruch (Text: Hölderlin) ("Viele versuchten umsonst") 01:05 Asyl (Text: Hölderlin-Fragment) ("In seiner Fülle") 03:35 Traurigkeit (Text: Berthold Viertel) ("Wer traurig sein will") 05:29 Verzweiflung (Text: Giacomo Leopardi) ("Nichts gibt es") 06:21 An die Hoffnung (Text: Hölderlin-Fragment) ("O Hoffnung!") 07:24 XX. Parteitag (Text: nach Helmut Richter) ("Ich halte dich") 08:11 Komm ins Offene Freund (Text: Hölderlin-Fragment) 09:41 Epilog (Text: Stephan Hermlin) ("Nahe schon ist der Herbst") ------------------------- L'histoire de la RDA n'a pas coïncidé avec ses débuts pleins d'espoir. Très vite, il est apparu qu'une société réellement socialiste était compliquée à mettre en place. Les frictions au sein de la société, le besoin de réglementation par l'appareil d’État, l'ignorance générale de la nécessité de poursuivre la lutte pour un monde nouveau de manière engagée et collective, les résistances et censures rencontrées par Eisler dans son travail de musicien (exemple de "Johann Faustus," opéra dont le projet ne put aboutir en raison de l'opposition des pouvoirs politiques ...) poussèrent Eisler en 1961-1962 à composer les "Chants sérieux" - une composition qui tend un miroir interrogatif au dogmatisme bureaucratique de la nouvelle société, mais qui accorde néanmoins sa confiance aux lueurs d'espoir ("XXe congrès du parti"). On y entend enfin la conviction qu'une société allant vers le "communisme" ne peut que se dégrader si l'on n'accorde pas aussi aux individus une possibilité de bonheur et d'épanouissement. L'épigraphe de Hölderlin au début explique tout sur les pièces, leur place dans la vie d'Eisler : "Beaucoup voulurent en vain dire en joie la joie suprême, Ici enfin elle me parle, ici dans le deuil." Commencé au début de 1961 et achevé en août 1962, le cycle pour baryton solo et orchestre à cordes Ernste Gesänge (Chansons sérieuses) fut le dernier d'Eisler, qui mourut moins d'un mois après son achèvement. Lors d'un entretien avec Hans Bunge le 14 août 1962, Eisler déclara : " L'arrangement des chansons m'a pris tout le temps qu'il fallait pour les réaliser : "C'est l'arrangement des chansons qui m'a donné le plus de mal. Il m'a fallu un an pour mettre en forme sept petits morceaux". Lorsqu'on lui demande la signification de cette forme, il répond : "C'est conscience-réflexion-dépression-réveil et à nouveau conscience... Il faut procéder de cette façon, sinon ce n'est pas bon. On ne peut pas toujours écrire des chansons optimistes... il faut décrire les hauts et les bas des situations réelles, les chanter et les commenter". -------------------- Les huit "Ernste Gesänge", sont écrits pour baryton et orchestre à cordes : Eisler utilise l'écriture dodécaphonique - mais aussi le langage musical de Brahms (auteur de 4 "Ernste Gesänge" ). Les "Ernste Gesänge" sont la dernière œuvre d'Eisler, œuvre très intime. ------------------- Eisler a utilisé des fragments de Hölderlin qu'il avait déjà mis en musique ("Asyl" (refuge) 1939 ; "An die Hoffnung" (à l'espoir) 1943), ainsi qu'un texte de Bertolt Viertel, écrit en 1936 pour marquer les années de la dictature hitlérienne. Désormais incluse dans le cycle, "Traurigkeit" (tristesse) reçoit une nouvelle signification. Eisler note : "Chacun peut maintenant rechercher les moments de la vie qui le rendent triste". "Verzweiflung" (désespoir), sur un texte ancien du poète italien Giacomo Leopardi, mis en musique par Eisler en 1953, comme esquisse pour l'opéra "Johann Faustus", sous le titre "Faustus Verzweiflung" (le désespoir de Faust), a également reçu un nouveau statut dans le cycle : "J'ai besoin d'un point de départ profondément désespéré pour aller haut vers l'espoir". Le titre de "XX.Parteitag" a été choisi par Eisler lui-même. Reprenant quelques lignes d'un poème d'Helmut Richter, il déclare : "Je crois que c'est à l'honnêteté de l'artiste de nommer ces choses qui ont été si difficiles à vivre". La tristesse et l'espoir d'un bonheur futur imprègnent toute l'œuvre. L'automne est une métaphore multiple : nous regardons vers le passé et vers l'avenir, à la fois dans la sphère entièrement personnelle et dans le contexte général de la vie en société. Eisler, près avoir achevé l'œuvre : "J'aime les contradictions. Et il y a certainement des contradictions dans ma dernière œuvre, entre les "Ernste Gesänge" et la situation actuelle. Mais je crois qu'il faut penser au passé. Celui qui veut l'avenir doit surmonter le passé. Il doit se purifier du passé et regarder clairement et proprement vers l'avenir. Je crois que nous ne faisons pas assez cela. C'est peut-être la tâche d'un artiste - et sa tâche est très modeste, si l'on considère le monde moderne - de voir le passé de manière réelle et claire et de le conduire (ce pour quoi l'art est particulièrement adapté) vers un avenir. Un artiste qui ne le fait pas est désespérément à la merci d'un optimisme de pacotille". ------------------- (Leib, RSO Berlin, Herbig)